Cinq ans après Crise. Mise à jour des faits, réflexions et stratégies

Après une période de silence, ce communiqué a pour but d’informer  tous les êtres humains qui peuvent et qui veulent me lire sur les faits, les points de vue et les perspectives qui surgissent actuellement, quand il y a plus de sept mois que je soutiens mon activité politique et personnelle depuis la clandestinité.

La réponse répressive du système judiciaire espagnol qui a eu lieu depuis lors ne m’a pas pris par surprise, et cela ne me surprend pas non plus que les droits de défense reconnus par sa propre constitution ne soient pas respectés, encore et encore. Maintenant bien, que je ne sois pas surpris n’implique pas que je pense rester les bras croisés.

    •    Droit à l’information  du procès, violé     
    •    Droit à choisir les témoins, violé.       
    •    Droit à choisir librement mon avocat, violé
    •    Droit à un avocat de la défense, violé

crisisport
On dirait que la deuxième section de la cour de justice provinciale de Barcelone a inventé une nouvelle loi qui dit qu’un accusé en rébellion est déchu de ses droits fondamentaux vis-à-vis de son processus de défense, et ce bien que la dite Déclaration universelle des droits de l’homme soit censée valoir pour tous les hommes dans n’importe quelle circonstance.

Et ainsi, plus de 210 jours après avoir accepté la démission de mon avocat précédent, les juges n’ont pas encore permis qu’il en soit nommé un autre. Plus de 210 jours sans avocat dont plus de 180 sous ordre de détention immédiate.

Il ne devrait pas nous étonner qu’il se passe ce genre de choses quand des données vérifiées nous préviennent du manque de séparation entre les pouvoirs dans cet État, comme par exemple le fait que le président du tribunal constitutionnel milite dans le parti au pouvoir (PP, Parti Populaire, de droite, NDLT) ; ou quand la connivence des différents pouvoirs de ce même état avec la propre banque qui m’accuse est totalement normalisée après que des sommes multimillionaires prêtées par le même État ont disparu, alors que le jour où cela a été dénoncé sombre dans l’oubli.

De fait,  même un secteur qui se mobilise peu habituellement, comme c’est le cas des travailleurs de la justice, sont maintenant en grève indeterminée en Catalogne pour cause, entre autres, de la vague de privatisation et de centralisation des différents processus judiciaires. Il est même prétendu que ce soit un procureur qui intruise les procès, alors que les procureurs dépendent hiérarchiquement du procureur général de l’État qui est désigné directement par le gouvernement  de l’État.

Comme je l’ai déjà manifesté dans de précédents communiqués, cette manière d’aborder les conflits ne me convient pas, et je n’accepte pas de former partie d’un système de droits et devoirs dans lequel une autorité externe peut me juger et me condamner à la prison sans même écouter mes arguments. Pour cette raison, avec la collaboration d’un groupe de travail, formé par des personnes expertes et des professionnels de la justice réparatrice , nous préparons un projet réparateur qui permette réellement que toutes les parties impliquées et affectées par cette action puissent y participer dans l’égalité, depuis l’écoute et le respect. Le respect à ma dignité comme personne est la base indispensable pour que je participe à un procès judiciaire.

Pendant que nous préparons le projet réparateur, nous évaluons la possibilité de mener à terme les actions légales correspondantes pour répondre à la constante violation de mes droits de défense. Bien que ce soit un système légal qui ne me corresponde pas, c’est le seul langage que comprennent certaines personnes et certaines institutions,  de sorte que quelques fois il faut en passer par là pour ne pas permettre ce genre de situations qui un jour ou l’autre pourraient aussi affecter d’autres personnes.

Et si la mise à jour de cette information est publiée aujourd’hui, c’est parce que cela fait aujourd’hui cinq ans que la publication Crise a vu le jour, porteuse de l’affirmation « J’ai « volé » 492.000 euros à ceux qui volent le plus pour les dénoncer et construire des alternatives à cette société » , et qui incorporait en plus toute un série de critiques assez contondantes au système bancaire, mais qui actuellement ne suffisent plus, à la vue des évènements arrivés avec la crise permanente que nous vivons depuis lors.

Profitant de ce que cette action d’expropriation bancaire avait été présentée ce 17 septembre 2008 comme une action individuelle  au sein d’un mouvement social plus large, de nombreux medias et le propre système judiciaire se sont chargé de la dépolitiser et de la présenter comme une action ponctuelle, l’éloignant de son sens politique d’une part de dénonciation et d’autre part, et surtout, d’élan et de construction d’un processus collectif.

Aujourd’hui, si l’on tient en compte que le système légal de l’État espagnol a une loi qui prescrit au bout de cinq ans les délits qui seraient peinés de moins de cinq ans de prison, je peux dire que cette action n’aurait pas été possible sans toutes les personnes qui y ont contribué. En particulier, les processus d’assemblées qui ont permis de décider collectivement la destination de une grande partie de ces fonds et l’éxécution des projets tout en sachant l’origine de l’argent,  lui ont donc donné donc un sens politique révolutionnaire nourri par la volonté de stimuler la construction d’alternatives au système établi, qu’ il n’aurait pas eu si il avait  constitué seulement une action individuelle.

Il est posible que maintenant, grâce au temps passé, il devienne envisageable que d’autres personnes  partagent leur expérience de comment ils l’ont vécu et à quoi se sont destinés ces financements.

Comme je disais, les motifs qui justifient cette action n’ont cependant pas prescrit, et c’est pour cela que je continue à aider aujourd’hui d’autres iniciatives qui projettent de réaliser des actions similaires, et c’est pour cela que je n’ai pas renoncé à trouver et à exploiter les trous que laisse le système bancaire dans sa volonté infinie de s’enrichir sur le dos des épargnants. Pour cette raison, maintenant les forces policières de l’état espagnol ne me cherchent pas seulement pour l’action réalisée en 2008 mais aussi pour une autre plus petite réalisée en 2011.

Tant que les banques continueront a disposer du monopole de l’émission de la monnaie légale, tant qu’ils continueront à prêter avec intérêt l’argent qu’ils ont créé gratuitement avec l’accord des états –argent qui devrait être un bien public- , tant que leurs dérives spéculatives resteront impunies alors qu’elles génèrent des gouffres de milliards d’euros qui provoquent des coupes budgétaires partout, tant qu’elles se rendront responsables de drames personnels en expulsant les gens de leurs maisons… tant que tout cela continuera, il sera également légitime de récupérer, depuis l’audace collective, tout ce qu’il sera possible de cet argent qui nous est escroqué, pour les consacrer réellement à des projets ayant pour but le bien commun.

Avec l’expérience vécue, je sais qu’avoir dû me cacher pour réaliser des actions que je considère cohérentes avec ma manière de voir la révolution ne m’empêche pas de dormir.  D’ailleurs, toutes ces journées de socialisation  réduite et de présence nulle n’ont pas constitué une série de limitations, mais m’ont plutôt servi pour pouvoir accéder à certains apprentissages et les approfondir, ce qui m’a conduit à changer ma vision des lignes stratégiques que je considérais importantes pour la transformation sociale.  Cela m’a amené  à prendre un temps pour situer toutes ces nouvelles connaissances acquises et ces pensées développées et ainsi générer de nouveaux projets qui me semblent spécialement motivants et prioritaires au jour d’aujourd’hui.

Un des thèmes qui a attiré mon attention pendant ces mois-ci est comment les efforts pour maintenir secrets le développement de technologies et la réalisation de contrats avec les géants d’internet, pendant des années, de la part du gouvernement des USA et d’autres pays du monde, dans le but de contrôler les hommes à travers d’internet, ont été réduits en miettes parce qu’une seule personne a osé  se risquer à les rendre publics,  et que son témoignage a fait le tour du monde. Il était arrivé la même chose auparavant avec les milliers de documents secrets libérés par Wikileaks et ses vaillants informateurs.

Cette constatation de l’espionnage global ne fera qu’accélérer la technologie et l’usage d’outils de communication cryptée, ce qui rendra quasiment impossible le contrôle de l’information concernant la population par les agences d’espionnage.
Ce sont des exemples significatifs prouvant que les déséquilibres historiques entre le pouvoir d’en haut et la liberté du peuple se réduisent.

Cependant, il y a bien plus. Cette année a été celle de l’explosion des monnaies centrales digitalisées décentralisées, lesquelles,  grâce à la technologie p2p et au cryptage, s’utilisent actuellement pour maintenir l’anonymat et la privacité sur un terrain, celui des échanges économiques, dont le contrôle est la base de l’économie des états.  Après beaucoup de siècles de monopole de l’émission de monnaie par les banques centrales et les banques privées ; après que les états ont destiné d’immenses ressources au contrôle et à la fiscalisation du bas peuple…, maintenant,  grâce à la programmation libre, une technologie a été développée et partagée, qui non seulement permet de réaliser des mouvements de valeurs entre n’importe quel endroit du monde sans commission, mais qui en plus empêche le pouvoir de fiscaliser ces actions d’achat-vente.

Et il y a encore mieux. La technologie de fabrication 3D permet qu’une seule machine de moins d’un mètre cube fabrique toutes sortes de pièces et d’objets, dont les designs se partagent en ligne pour que d’autres personnes puissent les fabriquer sans avoir à les concevoir de nouveau. Cette technologie est donc amenée à mettre des limites à la capacité de contrôle de la part du pouvoir, alors que les brevets perdent de leur importance de la même manière que les licences de copyright sur les connaissances l’ont fait il y a des années.

Pour ces raisons, des technologies comme le cryptage, le bitcoin et les imprimantes 3D sont le fer de lance de toute une série de technologies révolutionnaires qui commencent tout juste à multiplier la liberté des individus et des réseaux auto-organisés en marge du pouvoir et fixent une date de péremption à l’hégémonie des États Nations tels que nous les avons connus durant les dernières décades.  Les systèmes de contrôle de l’activité économique basés sur la coercition et le monopole de la violence ont leurs jours comptés. Dans le futur, on ne pourra rassembler des ressources et les utiliser en faveur de l’intérêt général qu’à travers la conviction, l’éducation, et le travail sincère pour le bien commun.

Dans ce contexte, tous ceux et celles qui travaillent pour une révolution intégrale, qui inclue la construction de nouvelles structures d’auto-organisation sociale et politique ainsi qu’une transformation profonde de l’être humain, qui récupère l’être communautaire,  nous nous trouvons face à un défi encore plus grand que ce que nous avions imaginé. Il est très important, pour ne pas dire indispensable, que nous puissions démontrer- avec la diffusion de cet imaginaire et avec l’extension de ses pratiques- qu’il est possible de générer un modèle d’organisation sociale et économique sans aucun tipe de coercition, de caractère volontaire et sans nécessité, quand ce n’est pas possible, d’aucune exclusivité à s’établir sur un territoire déterminé.

Pour toutes ces raisons, alors que je continue à collaborer, même dans la carence que suppose l’absence physique, avec le processus de développement de la Coopérative Intégrale Catalane, je pense que le moment présent marque un avant et un après pour définir un axe de priorités, et aussi, de manière spécialement importante, de nouvelles actions et des initiatives de mise en réseau et de communication au niveau planétaire.

Logiquement, le silence qui a accompagné le collectif  RADI, après en avoir annoncé la création il y a un peu plus de six mois, a eu à voir avec toute cette remise en question stratégique. En conséquence, vous en entendrez parler bientôt.


Enric Duran

17 septembre  2013

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